Fabrication de l'opinion

Sujet : actualité, Objectif : comprendre,
Préparation : direction la bibliothèque

Rumeurs, bobard, ragot, contre-vérité, hoax, bullshit... le nouveau venu "fake news". Une expression qui nous vient outre-atlantique suite à l'élection présidentielle américaine. Marquant une défiance du public pour le politique et les médias.

Si "Fake news" n'est pas seulement la propagation de fausses nouvelles mais d'informations volontairement falsifiées, est ce si nouveau ?
En 1733, l'écossais John Arbuthnot écrivait un pamphlet "L'Art du mensonge politique".
Au début du XXe siècle, Henri Queuille, ministre de la 3ème République donnait ce droit au mensonge en politique par la formule « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».

Certain.es nous disent que nous serions rentrés dans l'ère de la "post-vérité", où la "vérité des faits " aurait perdu de son sens au profit des croyances personnelles et émotions suscitées par ces fausses nouvelles.
Lire sur ce sujet : Hannah Arendt, « Vérité et politique », La Crise de la culture

Étienne Klein estime que « nous sommes dans l'ère de la post-vérité » et que « la bataille entre connaissances et croyances ne fait que commencer » L'Usine nouvelle 2017

Même si ce concept "post-vérité" est ambigu il décrierait deux principes :
. le primat de l'émotion sur la réflexion
. le changement de nature des supports d'information.

L'influence des réseaux sociaux

Les médias numériques et internet sont de plus en plus consultés, au détriment des médias traditionnels.

Le 12 juillet 2016, Katharine Viner, rédactrice en chef du Guardian, nous fait part que le numérique a ébranlé notre rapport aux faits :
« À l’heure du numérique, il n’a jamais été aussi facile de publier des informations mensongères qui sont immédiatement reprises et passent pour des vérités. (…) Au lieu de renforcer les liens sociaux, d’informer ou de cultiver l’idée qu’informer est un devoir civique et une nécessité démocratique, ce système crée des communautés clivées qui diffusent en un clic des mensonges les confortant dans leurs opinions et creusant le fossé avec ceux qui ne les partagent pas ».
Lire « Médias. Comment le numérique a ébranlé notre rapport à la vérité », Courrier international, septembre 2016

Ces nouveaux relais d'opinion conduit à une modification radicale dans la fabrication et la diffusion de l'information.
Chaque individu peut écrire, diffuser, partager toutes types d'information sans analyse ou vérification préalable.
Cette pratique peut bien évidemment laisser place à toutes formes de désinformation (voulues ou non).
Ces outils deviennent, "par nature" au nom de la liberté d'expression, d'excellents instruments de persuation (surtout si c'est un ami.e qui vous le dit !) et de propagation d'opinion, de changement et d'adoption de comportement (effet de mimetisme, d'adhésion communautaire ou sociale).

Information biaisée ou fausse, manipulation, désinformation, propagande ne sont malheureusement pas choses nouvelles.
Un petit retour dans l'histoire, pas si ancienne...

" Propaganda - La fabrique du consentement " - Extrait du documentaire de Jimmy Leipold 2017

Décryptage des méthodes de la "fabrique du consentement", portrait d'Edward Bernays (1891-1995), l'un des inventeurs du marketing et l'auteur de "Propaganda". Celui qui fit fumer les femmes, inspira le régime nazi, accompagna le New Deal et fut l'artisan du renversement du gouvernement du Guatemala en 1954.
Sur l'INA

PROPAGANDA COMMENT MANIPULER L'OPINION EN DÉMOCRATIE d'EDWARD BERNAYS 1928 En téléchargment et en français, format PDF

Documentaire en ligne et en 2 parties : " La fabrication du consentement : Noam Chomsky et les médias" de Mark Achbar et Peter Wintonick 1992.
partie 1 | partie 2

Le documentaire a remporté 15 récompenses internationales. Le titre est un emprunt à l'expression « fabrication du consentement », utilisée pour la première fois par Walter Lippmann en 1922 dans Opinion publique.

Aller + loin :